William Eldin (XXII): « Travailler, c’est faire et défaire »

Geoffrey lance ses questions rapides a William après un échange très instructif pour en savoir plus sur la vie personnelle du co-fondateur de XXII.

Il y a une boîte que tu aurais aimé monter ?

Il y en avait une, Élementaire, une boîte canadienne qui a fait un carnage. UiPath, j’aime beaucoup, c’est de l’automatisation, du robot. Le truc pèse 30 milliards en Nasdaq, c’est énorme. J’aime beaucoup SpaceX et toute la galaxie Elon Musk, parce que je trouve qu’il s’affranchit un peu des barrières.

Et après, à ma taille, avec moins de côtés suspects, je dirais Palantir, qui a beaucoup d’avenir.

On ne voit pas beaucoup de fails dans ton parcours, mais il y en a sûrement. Il y en a un que tu pourrais me partager ?

Fails ? Plein. XXII a été au tribunal en procédure de sauvegarde. J’ai failli la déposer.

J’ai usé de mes réseaux pour dire « Je suis ruiné et regarde c’est en train d’exploser. Mais je ne suis pas trop mal constitué. Alors laisse-moi encore six mois, je réduis un peu la voilure ». Travailler, c’est faire et défaire. Donc pour moi ce n’est même pas du fail.

J’ai eu aussi un énorme accident en 2019 où je me suis tout pété. J’ai bien cru que je n’y retournerai pas parce que la vie était trop précieuse pour être esclave de cette mission. Mais en fait non, je continue. Mes fails, j’en ai eu plein, mais je ne les considère même pas en fait. Ça a autant de valeur que les réussites.

Fabien, l’autre co-fondateur de XXII, m’a appris une grande leçon qui me reste dans la tête et que je n’applique pas toujours, c’est : apprends à fermer ta gueule. Un jour, j’ai donné une info à quelqu’un, ça s’est retourné contre nous et je me suis fait défoncer par Fabien. Il y a plein de fails partout dans mon parcours, mais ils n’ont jamais beaucoup de conséquences parce que la valeur de l’humanité c’est de savoir courir pour rattraper ses erreurs. Et je cours vite.

Tu es un père de famille. L’équilibre vie perso/vie pro, c’est faisable ?

Mon fiston me parle tout le temps de XXII, il y a du XXII partout. Quand j’arrive au boulot, je fais beaucoup d’analogies et de comparaisons avec ma famille et mon couple. Dans la vie, je parle beaucoup de ma femme, donc tout est un peu mélangé.

Tu as des routines ou des méthodes qui te permettent de tout mener de front et de ne pas péter en plein vol ?

Oui, il y en a une. C’est de ne pas oublier mes proches qui sont décédés. Ils ne sont plus là alors que moi si. Donc je me dis déjà « ta gueule, t’es pas le droit de te plaindre ».

Deuxièmement, si ça marche pas, j’arrête. C’est simple. Et quand je ferme mon ordinateur le soir, je m’impose des fous rires.

Je m’impose aussi des sas de décompression. C’est de minuit à deux heures du matin : je suis sur ma terrasse, je regarde le ciel, je lis et je me documente. Je regarde les réseaux sociaux, mais plutôt pour ma culture.

Là, je me ressource, je regarde loin et j’essaie de construire la journée de demain. Et il y en a plein qui disent que ces 2h, c’est comme de la méditation. Mais bon, je ne fais aps d’exercice de respiration ou quoi que ce soit. Je me concentre juste sur des choses nouvelles que je dois apprendre.

La chose dont tu es le plus fier aujourd’hui ?

Noah, mon fils.

Un truc essentiel que tu aurais fait différemment si tu l’avais réalisé ou compris plus tôt ?

En fait, c’est bête ce que je vais dire, mais je pense que j’aurais fait des études. Aujourd’hui, je parle beaucoup avec des polytechniciens par exemple, et mêm si je ne me sens pas plus bête qu’eux, parfois je peux me sentir un peu à la ramasse. Mais je pense que je ferais une grosse école qui me permettrait de gagner peut-être en vitesse d’exécution derrière.

Il y a autre chose : comme j’habitais en cité, ma mère ne voulait pas que je sois avec les cancres au collège. Du coup, elle a mis allemand en première langue donc je ne parle pas très bien anglais. Aujourd’hui je me démerde en anglais mais je ne parle pas comme je devrais et aimerais parler.

Est-ce qu’il y a une personne de l’écosystème tech qui t’a marqué ?

Oui, j’en ai plusieurs. Le dernier qui m’a marqué, c’est Sylvain Duranton, le patron de BCG X maintenant, qui est une machine de guerre. Je ne comprends pas comment il arrive à ranger ses classeurs dans ces immenses bibliothèques et ressortir les sujets en fonction de ce que lui demande. Il m’impressionne beaucoup.

Ensuite, j’ai été aussi beaucoup marqué par mes parents qui habitent au Sénégal, car mon papa est né là bas. Donc on a une grosse culture sénégalaise quand même à la maison. Beaucoup de gens que j’ai croisé là-bas, m’ont beaucoup inspiré. Sur la téranga, la terre de l’accueil, on mange tous dans le même plat, on n’a pas d’assiette, c’est pas individualiste, personne dormira dehors là-bas, tu sauves toujours tout le monde. Mais ils le disent, ce qui leur manque, c’est l’éducation.

Je vais aussi mentionner Bob le Rasta, qui est un gars qui m’a fait changer ma vue sur le monde. Je regarde le monde avec beaucoup plus de distance et de bienveillance maintenant.

Tu t’es déjà fait un petit craquage que tu pourrais nous partager ?

À l’époque, j’avais acheté la première Tesla Model S qui bombardait et qui avait 880 chevaux. Et je l’ai atomisé. J’ai cassé trois fois les moteurs, j’ai tordu la direction à 260 sur une compression : j’en faisais n’importe quoi. Et puis j’ai fait des craquages aussi dans les bécanes. Je suis monté jusqu’à une quinzaine de motos dont trois motos de pistes identiques.

Il y a un conseil qu’on t’a donné qui s’est avéré utile jusqu’ici ?

Le plus beau, c’est que ce consiel me vient de quelqu’un que je n’ai pas connu, mon grand-père : tout ce que tu vois, c’est à toi. Donc ça veut dire que tu ne vois rien. Tu es dans le noir, donc arrête de croire qu’il y a des choses qui t’appartiennent, tout passe et tu ne seras personne quand tu seras parti.

Le son du moment que tu pourras écouter en boucle.

En ce moment, c’est WaïV. C’est un petit rappeur français et j’aime bien ce qu’il dit, ses textes et sa manière de chanter.

Tu peux me dire un truc sur toi que les gens seraient surpris d’apprendre ?

C’est dur ça. Je pleure souvent. J’arrive plus à regarder des films avec des choses sur les enfants ou sur des sujets angoissants sans pleurer.

Une habitude que tu essayes de prendre ou au contraire d’arrêter ?

Il faudrait que j’arrête de fumer le soir quand je regarde les étoiles.

Est-ce qu’il y a un bouquin que tu peux me recommander ?

Tu peux lire Joël de Rosnay, il écrit beaucoup sur l’épigénétique. Et plus particulièrement, je te recommande La symphonie du vivant.

Sinon, je conseillerais plutôt du Damasio, c’est un chercheur portugais qui fait des recherches sur le cerveau et il commence par les neurones miroirs. Et sinon, ma Bible, c’est La route du temps. Philippe Guillemant aborde la synchronicité, les hasards, la coïncidence non hasardeuse qui naissent dans ton inconscient. Et à partir de ça, ton cerveau dessine ce que tu vas acquérir plus tard dans le réel, en pensant que c’est une coïncidence. C’est fascinant !

Je fais partie de ces gens qui pensent que le téléphone va peut-être disparaître un jour. Par quoi il sera remplacé ?

Je pense qu’il sera à l’intérieur de toi et que tu pourras communiquer avec les autres de cette manière-là.

Et si tu veux donner un conseil à quelqu’un qui voudrait avoir le même parcours que toi, ce sera lequel ?

Never give up. Je lui dirai de ne jamais abandonner : fonce, fonce, fonce ! Mais ne le fais pas aveuglément. Inspire-toi et apprend à lire les gens. Sois paranoïaque et analyse toutes leurs petites mimiques. Fais-toi une vraie critique et avance. Ne cesse jamais d’avancer.

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