Rami Baitieh (Carrefour) : « Il faut faire évoluer la culture, mais il ne faut pas essayer de changer l’ADN »

Rami est un leader né, quelqu’un de réellement engagé dans le développement de l’entreprise et de ses employés. Ne manquez pas l’opportunité de le connaitre un peu plus avec nos questions à la fois pro et perso !

Quelle est la chose dont tu es le plus fier aujourd’hui ?  

L’École des leaders. 

Est-ce que tu as eu du temps récemment, plus que d’habitude ? Est-ce que tu as été amené à faire des choses que tu n’imaginais pas ou ne pouvait pas faire avant ? Et si oui, ça ressemble à quoi ?  

Je n’ai pas plus de temps qu’avant, parce que je suis quelqu’un qui priorise et qui planifie sa journée, donc j’essaie de remplir ma journée. Je ne sais pas bronzer pendant 4h, ce n’est pas mon truc. Par contre, j’ai fait des choses que je ne faisais pas avant.  

Mon fils m’a dit « papa, aujourd’hui, je vais chez le médecin pour une consultation » et je lui ai dit « je t’emmène ». Ca nous permet de passer du temps ensemble. Je l’y conduis, on arrive chez le médecin et à un moment donné, j’ai dû quitter la salle pour des raisons de confidentialité entre mon fils et son médecin. Je ne l’ai pas fait de moi-même, parce que j’avais l’habitude de l’emmener quand il était gamin et je pouvais rester.  

Pour moi, c’est ce type d’expérience du quotidien, hyper simples, de rencontrer des gens, revoir des amis, qui est surtout permise par le temps « libre » dont je dispose. Je peux dire que cette coupure était nécessaire et un moment de bonheur, parce que pendant cette période, tu fais des rencontres, tu réfléchis, tu te reposes, tu te poses, tu lis, tu fais plein de choses.  

Moi, j’appréhendais cette période de coupure parce que la valeur du travail pour moi est une valeur extrêmement importante. Mais parfois, se permettre aussi une certaine prise de recul, franchement, ça fait du bien.

L’équilibre vie perso/vie pro, quand on a le genre de carrière que tu as, c’est une réalité ou c’est plutôt de l’ordre du rêve ? 

C’est quelque chose qu’il faut travailler et obtenir. Si tu demandes maintenant à mes enfants, ils vont dire « oui, il n’y a pas de problème, c’est équilibré ». Je pense que si on me comparait avec d’autres contextes ou familles, la réponse serait peut-être différente. 

En tout cas, ce n’est jamais assez. C’est ce que je me dis. Je suis dans la remise en question permanente. Maintenant, j’essaie de faire au mieux et j’essaie de couper et de prendre de réelles vacances.

Il y a quelques semaines, je suis parti avec mon fils une semaine en vacances en tête-à-tête et ça nous a fait un bien fou. On en avait besoin. Je pense que je n’ai pas atteint l’équilibre, mais c’est quelque chose que je veux viser tous les jours. 

On a le même agenda et le même nombre d’heures dans une journée, mais on ne les remplit pas de la même manière. Comment tu organises ton agenda ? Est-ce qu’il y a une routine qui te permet de tout faire rentrer ? Une sorte de sauce secrète ? 

Je pars du principe le matin que je ne pourrais pas tout faire rentrer. Il faut faire des choix. Mon engagement auprès de l’armée de l’air, c’est un choix personnel de m’engager auprès de la France, de mon pays d’adoption qui m’a tout donné. Tout ce que je suis en train de décrire, je l’ai appris en France qui m’a fait confiance, qui m’a accueilli, qui m’a donné la nationalité, qui m’a donné une maison et qui m’a donné une vie, une formation, une confiance. 

Tout n’a pas toujours été très brillant. Je pense que le modèle français est un modèle auquel je dois toute ma gratitude et ma reconnaissance. L’une des manières de rendre à ma patrie un morceau de ce qu’elle m’a donné, c’est de m’engager auprès de l’armée de l’air en tant que colonel de la réserve et de travailler avec le général Alvarez, le directeur des ressources humaines. 

L’objectif est de voir comment on peut améliorer la productivité. Avoir une comparaison entre le monde militaire et le monde privé est toujours très instructif.

Je contribue aussi au rayonnement de l’armée de l’air à travers les réseaux sociaux, à travers mes interventions. Ça, c’est pour moi une partie de mon engagement vis-à-vis de la France. L’autre partie, c’est la parité hommes-femmes parce que je crois que les femmes doivent avoir leur place aux postes à responsabilités et doivent bénéficier d’un programme de formation au même titre que les hommes.  

Mais pour revenir à mon organisation, quand je commence ma journée le matin, je dis qu’est-ce qui est urgent, important et simple ? Je le priorise et tout ce qui n’est pas urgent, pas important et pas simple, je dépriorise. Je garde urgent, important, simple et je dépriorise le reste. 

Maintenant, c’est très rare qu’à la fin d’une journée, j’ai fini tout ce qui est urgent, important et simple. Donc ce qui est urgent, important et complexe, je le mets en deux. 

Est-ce qu’il y a une entreprise qui t’inspire particulièrement dans son approche et ses valeurs managériales ? 

J’ai été formé au Canada, aux États-Unis et en Suisse. Donc, j’ai eu cette chance de pouvoir comparer les cultures entre elles. 

Chaque société a sa propre culture et son ADN. Il faut faire évoluer la culture, mais il ne faut pas essayer de changer l’ADN parce que sinon, on perd la quintessence de la société.  

Je suis fasciné par la culture que Steve Jobs a apportée sur la créativité chez Apple avec la « customer orientation ». Ou avec Netflix et son « no-rules rule ». Il y a aussi le processus de Toyota au Japon : comment leurs processus, couplé à une culture d’appropriation, peut apporter de bons résultats.

A mon niveau, ce que j’essaie de faire, c’est de prendre le meilleur de chacune de ces cultures et de la porter si je peux, sans changer l’ADN de ma société, la porter à mon entreprise et à mon équipe. 

Est-ce qu’il y a des dirigeants qui, selon toi, sont assez inspirants sur le territoire francophone et qui pourraient être bons invités pour ce podcast ?  

Je t’en recommanderais naturellement plusieurs, mais surtout Alexandre Bompard. Tu peux l’appeler de ma part, je suis sûr qu’il viendra !

1 comment on “Rami Baitieh (Carrefour) : « Il faut faire évoluer la culture, mais il ne faut pas essayer de changer l’ADN »

  1. Great words,
    I am looking foward to see changes at Morrisons.

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