Aurélien de Meaux : la rentabilité à long terme, un risque mais un besoin pour l’économie

Aurélien de Meaux ne se laisse pas emporter par les tendances quand il s’agit d’Electra : il croit au développement des entreprises bien structuréess et organisées, même si cela signifie d’avoir une rentabilité à long terme. Pour lui, ce n’est pas une question d’espoir, mais de sécurité.

Impossible de faire les choses à moitié. Tout ou rien !

« Un des gros sujets quand on a lancé Electra au début 2021, c’est qu’il y avait pas mal de gens, y compris quelques fonds de venture avec lesquels j’ai discuté, qui me demandaient pourquoi est-ce qu’on comptait faire toute la partie industrielle au lieu de simplement faire une plateforme tech.

La réponse, c’est que c’est un challenge intellectuel et mon envie, c’est d’aller justement sur les sujets industriels. En plus, je pense que c’est comme ça que tu fais vraiment la différence. Mais c’est pareil à la fin, la qualité du produit vient du fait d’avoir la bonne machine qui te propose la bonne colorimétrie, les bons timings de livraison…

Mais, ce qui est sûr, c’est qu’il va y avoir beaucoup à faire et c’est pour ça que je me projette à très long terme sur cette aventure. Cela s’explique parce que c’est un métier d’infrastructure. Donc de toute façon, c’est du long terme et notre joie et notre horizon sur les business plans qu’on fait, ce n’est pas trois, quatre ou cinq ans, mais minimum 2030.

Au départ, on était financé par des fonds de venture, ce qui nous a permis, quand on était quelques bonhommes et quelques slides, d’avoir le financement. Maintenant qu’on est un peu plus établi, on a des fonds d’infrastructure qui ont l’habitude financer des projets comme Electra : ils financent des lignes de chemin de fer, des autoroutes, des parcs solaires… On est parfaitement alignés. »

Le profit : loin mais pas inatteignable

« Nous, on a des horizons de rentabilité qui sont relativement lointains, surtout si tu compares par rapport à d’autres boîtes de SaaS ou de tech dans lequel tu attends un retour très rapide. Mais en même temps, on a une perspective de rentabilité qui est beaucoup plus certaine. En fait, dès qu’on aura construit un réseau, on aura des concessions dans des supermarchés, des hôtels, des restaurants… Il y a peu de suspense sur le fait que demain, il y aura des millions de voitures électriques. Ça va prendre du temps, mais l’équation économique, elle, est très robuste. Il n’y a pas un aléa gigantesque sur la demande. À l’inverse, dans des boîtes de tech, tu peux avoir plus d’explosivité, des rentabilités incroyables très rapidement, mais ça peut être un peu plus volatile.

 Je pense que d’ailleurs, c’est une des explications de ce qui se passe dans la tech depuis un an maintenant : à peu près toute la crise de financement et le fait que tout le monde ait un peu la gueule de bois aujourd’hui rend très difficile de se lancer dans la tech aujourd’hui. Tu es complètement streché entre des investisseurs qui ne sont pas contents parce qu’ils ont payé des valeurs délirantes et qui du coup considèrent que tu n’as pas exécuté derrière, et les salariés qui sont pas contents non plus parce que tu serres la vis. 

Je pense que ça pousse à développer beaucoup de résilience et c’est très utile pour l’écosystème. Une des plus grandes leçons pour moi, c’est que ça oblige le système de venture capital à se tourner vers le long terme. Donc c’est pas à trois ou cinq ans, c’est plutôt cinq ou dix ans qu’il faut se projeter parce que tu ne fais pas des gros business sans structure solide en trois ans. La deuxième chose, c’est que je pense qu’il faut un cap, car beaucoup d’entreprises se lancent sous les effets de mode, me semble-t-il. Je pense que ce qu’on attend de l’écosystème, c’est d’apporter ce manque d’ancrage, ce manque de stabilité en pariant sur le long terme. Il faut savoir se fixer un cap et le tenir.

Un modèle différent pour un suivi différent

« Comme on a un enjeu de rentabilité à long terme, on a des métriques un peu différentes pour savoir si Electra est sur la bonne voie. Il y en a plusieurs. La première chose, c’est le parc de stations qu’on construit : est-ce qu’on a un réseau qui se construit bien, avec des coûts maîtrisés, à des endroits qui sont intéressants ? La deuxième chose, c’est le taux d’utilisation de notre réseau : combien de véhicules se rechargent tous les jours par point de charge, par stations… C’est un indicateur d’activité qui est très important parce que de là, on va pouvoir estimer la demande et sa croissance dans le temps pour se développer aux bons endroits et au bon moment. C’est en tout cas l’objectif, donc tout ça on mesure et bien sûr qu’on est très factuel sur les mesures financières, c’est à dire notre chiffre d’affaires, notre marge brute, notre rentabilité. 

Nous, on vise une rentabilité et une marge opérationnelle positive à relativement court terme. Donc, on parle d’un horizon de trois ans à peu près. En revanche, comme on met des capex très importants au départ avec beaucoup d’investissements, on va avoir une période de payback qui va prendre un peu plus de temps parce que le temps que cette marge opérationnelle vienne couvrir l’investissement initial, ça va prendre un peu plus de temps. Mais c’est très typique dans l’infrastructure. »

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